Étude de cas : Fromagerie dans les Deux-Sèvres

Comment réduire les coûts de valorisation du lactosérum tout en sécurisant les évacuations ?

Une fromagerie spécialisée dans la fabrication de fromage de chèvre produit chaque année environ 2 300 tonnes de lactosérum.

Historiquement, ce lactosérum était valorisé en alimentation animale auprès d’élevages porcins situés à plus de 100 kilomètres du site de production. Une solution pertinente d’un point de vue agronomique, mais dont l’éloignement générait des coûts logistiques importants.

La valorisation de la matière générait environ 6 000 € de revenus par an, tandis que son transport représentait près de 75 000 € de dépenses annuelles.

Au total, la gestion du lactosérum représentait donc un coût net proche de 70 000 € par an pour la fromagerie.

L’objectif confié à Greenr était clair : identifier une nouvelle architecture de valorisation permettant de réduire significativement ce coût, sans fragiliser les capacités d’évacuation du site.

Comment mieux valoriser les coproduits de la fromagerie

Phase 1 : Comprendre les contraintes avant de rechercher des débouchés

La valeur d’un coproduit ne dépend pas uniquement de sa composition. Sa concentration, les volumes produits, les capacités de stockage disponibles et la distance jusqu’aux utilisateurs potentiels jouent un rôle déterminant dans son économie.

Greenr a donc commencé par caractériser précisément le gisement. Le lactosérum étudié est une matière liquide présentant notamment :

  • 6,5 % de matière sèche ;
  • 12,59 g/L de protéines ;
  • 3,9 g/L de matière grasse ;
  • un potentiel méthanogène estimé à 60 m³ de biogaz par tonne de matière brute.

À ces caractéristiques s’ajoute une contrainte opérationnelle importante : la fromagerie produit environ 16 tonnes de lactosérum par jour et dispose de deux cuves de stockage de 25 tonnes, soit seulement trois jours environ de capacité de stockage.

Avec près de 85 citernes à évacuer chaque année, la régularité et la fiabilité des débouchés constituent donc un enjeu aussi important que leur prix.

Phase 2 : identifier les filières de valorisation pertinentes

L’analyse des propriétés du lactosérum a permis de retenir deux principales filières de valorisation :

  1. l’alimentation animale ;
  2. la méthanisation.

L’alimentation animale comme filière prioritaire

Le lactosérum peut présenter un intérêt nutritionnel pour l’alimentation porcine.

Cependant, avec seulement 6,5 % de matière sèche, la matière reste fortement diluée. Son transport sur de longues distances dégrade rapidement son intérêt économique.

Les éleveurs doivent également pouvoir intégrer le coproduit durablement dans leurs formulations. Ils recherchent donc des approvisionnements suffisamment réguliers et stables pour justifier les capacités de stockage et les adaptations nécessaires sur leur exploitation.

Pour ce gisement, l’enjeu principal n’était donc pas nécessairement de changer de filière, mais de rapprocher fortement le lactosérum de ses utilisateurs.

La méthanisation comme solution complémentaire

La méthanisation constitue également un débouché possible.

Néanmoins, le faible taux de matière sèche limite l’intérêt énergétique du lactosérum. Son acidité nécessite également une incorporation maîtrisée dans les unités de méthanisation.

Cette filière présente donc un intérêt particulier comme solution alternative permettant de sécuriser les évacuations en cas d’indisponibilité temporaire du débouché principal.

Phase 3 : rechercher les débouchés à proximité de la fromagerie

Pour une matière contenant plus de 93 % d’eau, transporter moins loin constitue l’un des principaux leviers d’optimisation économique.

Greenr a donc cartographié les débouchés potentiellement compatibles situés dans un rayon de 100 kilomètres autour de la fromagerie, puis engagé une démarche de qualification auprès des acteurs locaux.

Au total, 29 débouchés ont été directement contactés et 5 solutions pertinentes et intéressées ont été retenues pour approfondir l’étude économique.

Les solutions identifiées comprenaient plusieurs élevages et unités de méthanisation situés entre 32 et 72 kilomètres du site, avec des capacités, conditions de reprise et coûts logistiques différents.

Cette mise en concurrence permet de ne plus raisonner uniquement en prix de reprise de la matière, mais en coût complet rendu au débouché :

valeur de la matière + coût de transport + capacité d’absorption + fiabilité du débouché.

Phase 4 : construire une architecture de valorisation sécurisée

L’analyse a montré qu’un éleveur situé à environ 41 kilomètres de la fromagerie disposait de la capacité nécessaire pour absorber la quasi-totalité de la production annuelle.

La configuration économiquement optimale aurait donc consisté à envoyer l’intégralité des 2 300 tonnes annuelles vers cet élevage.

Mais retenir uniquement la solution la moins chère aurait exposé la fromagerie à un risque opérationnel important.

Une cuve pleine, une impossibilité ponctuelle de réception chez l’éleveur ou un déclassement de matière peuvent suffire à interrompre le schéma prévu. Avec seulement trois jours de stockage sur le site, l’absence de solution alternative pourrait rapidement devenir critique.

Greenr a donc recommandé une architecture reposant sur :

  • un élevage principal, capable d’absorber l’essentiel du lactosérum ;
  • deux unités de méthanisation en back-up, mobilisables en cas d’aléa.

Dans la projection économique retenue, 90 % du volume, soit environ 2 030 tonnes par an, est orienté vers l’élevage principal. Les 10 % restants correspondent à une hypothèse prudente d’aléas nécessitant le recours aux solutions alternatives.

Quel résultat économique pour la fromagerie ?

Avec cette nouvelle architecture, le coût annuel projeté de gestion du lactosérum est estimé à environ :

23 150 € HT par an + indexation gasoil, soit environ 10 € HT par tonne de matière brute.

À titre de comparaison, la situation initiale représentait un coût net proche de 70 000 € par an.

L’étude met ainsi en évidence un potentiel d’économie supérieur à 45 000 € par an, principalement grâce à la réduction des distances parcourues et à la sélection de débouchés offrant de meilleures conditions économiques.

Dans une situation sans aléa, où l’intégralité de la production serait absorbée par l’élevage principal, le coût pourrait descendre jusqu’à environ 19 450 € HT par an, soit 8,45 € HT par tonne.

Réduire les coûts sans sacrifier la sécurité

Cette étude illustre un principe essentiel dans la valorisation des coproduits agroalimentaires : le meilleur débouché n’est pas nécessairement celui qui propose le meilleur prix pour la matière.

Pour un coproduit liquide et faiblement concentré comme le lactosérum, la distance parcourue peut peser davantage sur l’économie globale que sa valeur intrinsèque.

L’objectif est donc de construire une véritable architecture de valorisation, capable de combiner :

  • proximité géographique ;
  • capacité d’absorption ;
  • valeur économique de la matière ;
  • optimisation logistique ;
  • régularité des enlèvements ;
  • solutions alternatives en cas d’aléa.

Dans le cas étudié, le rapprochement des débouchés permettrait non seulement de diminuer fortement les coûts logistiques, mais également de réduire les distances parcourues par rapport à une situation où le lactosérum était transporté à plus de 100 kilomètres.

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